nouvelle série en cours

J’ai toujours cru ou imaginé que Marie était Italienne, une Italienne du nord de l’Italie, Turin ou Milan. Marie est grande, svelte, elle a les joues roses, le teint diaphane, les traits réguliers. Elle est belle.
De dix à environ vingt-cinq ans, je priais Marie chaque soir, elle était ma confidente, je ne m’adressais qu’à elle, elle était si douce, elle me comprenait.
Ma mère aussi s’appelait Marie. Marie maman, je ne l’appelais pas Marie.
Puis Marie a quitté ma vie pour y revenir, je ne sais pourquoi alors que je ne suis pas croyant, mais j’avais besoin d’elle. Marie est revenue avec Marie. Elle était simplement là, derrière elle, en transparence, évanescente. Une présence. Marie cachait Marie.
Les Marie sont annexées par l’histoire, trop souvent réduites à des rôles, comme beaucoup d’autres femmes. Elles ne vivent pas pour elles, elles n’ont pas toujours d’existences propres. Que sait-on vraiment de Marie ?
Marie cache Marie, une autre Marie. Marie est Italienne, avec du sang napolitain. Elle a perdu son père quand elle avait 5 ans, elle a deux garçons ; avec beaucoup de courage elle a osé quitter son mari. Marie ne dit jamais non, sa gentillesse est déterminée. Marie vient d’avoir soixante ans. Elle a vingt ans. Pour la première fois de sa vie, elle a mangé des huîtres, fumé un joint. Les huîtres lui ont donné le goût du large, le joint ouvert l’horizon.
Avec Marie nous voyageons pour surprendre la lumière.



















