Marie

nouvelle série en cours

J’ai toujours cru ou imaginé que Marie était Italienne, une Italienne du nord de l’Italie, Turin ou Milan. Marie est grande, svelte, elle a les joues roses, le teint diaphane, les traits réguliers. Elle est belle. 

De dix à environ vingt-cinq ans, je priais Marie chaque soir, elle était ma confidente, je ne m’adressais qu’à elle, elle était si douce, elle me comprenait. 

Ma mère aussi s’appelait Marie. Marie maman, je ne l’appelais pas Marie.

Puis Marie a quitté ma vie pour y revenir, je ne sais pourquoi alors que je ne suis pas croyant, mais j’avais besoin d’elle. Marie est revenue avec Marie. Elle était simplement là, derrière elle, en transparence, évanescente. Une présence. Marie cachait Marie. 

Les Marie sont annexées par l’histoire, trop souvent réduites à des rôles, comme beaucoup d’autres femmes. Elles ne vivent pas pour elles, elles n’ont pas toujours d’existences propres. Que sait-on vraiment de Marie ?

Marie cache Marie, une autre Marie. Marie est Italienne, avec du sang napolitain. Elle a perdu son père quand elle avait 5 ans, elle a deux garçons ; avec beaucoup de courage elle a osé quitter son mari. Marie ne dit jamais non, sa gentillesse est déterminée. Marie vient d’avoir soixante ans. Elle a vingt ans. Pour la première fois de sa vie, elle a mangé des huîtres, fumé un joint. Les huîtres lui ont donné le goût du large, le joint ouvert l’horizon. 

Avec Marie nous voyageons pour surprendre la lumière.

Au sablier de l’air

Un large extrait de cette série inédite sera exposée au Musée de la photographie à Charleroi à partir du 23 mai dans le cadre d’une exposition collective dont le commissariat sera assuré par Adeline Rossion.

« Comment photographie-t-on aujourd’hui ceux qui nous sont chers ? Quel regard porte-t-on sur les siens, sur les liens qui nous unissent, ou parfois nous échappent ? La photographie familiale continue-t-elle de n’évoquer que des bonheurs figés, ces instants qui ont bien souvent été choisis dans les décennies passées pour remplir les albums ? Ou bien, à l’heure où la notion même de famille se redessine, se réinvente, se cherche ailleurs, l’image devient-elle un outil pour interroger, déconstruire, révéler les failles et les silences ? Et où se situe cette ligne fragile, presque imperceptible, entre souvenir personnel et geste artistique ?

C’est à ces questions que l’exposition « Éclats de familles » tente de répondre, en se tournant vers des photographes contemporains (belges ou établis en Belgique), ceux qui font vaciller les certitudes, qui capturent les éclats – de rire, de voix, de larmes, de mémoire – d’une famille plurielle, mouvante et parfois réimaginée. […] »

Une exposition à découvrir dès le 23 mai en compagnie de Camille Carbonaro (Camille Carb), Olivier Cornil, Anne De Gelas, Erell Emmer, Matthieu Marre, Chrystel Mukeba, Nick Hannes, Philippe Herbet, Simen K. Lambrecht, Pascal Sgro et Annabel Werbrouck.