Le résultat de ma résidence d’artiste à Sedan sera exposé sur les grilles du Jardin botanique de Sedan du 15 juin au 27 juillet 2025.

SANS DOUTE SEDAN
Tu marches au hasard, selon toute vraisemblance à Sedan, mais sans certitude, les lieux s’échappent ou se superposent, cela, tu l’avais déjà constaté lors de tes voyages. Les aubépines en fleurs, les magnifiques thyrses pyramidaux des marronniers, les délicats cyprès des marais, les ginkgos biloba de la Z.U.P. Le Lac, l’inclination de la lumière, les ciels voyageurs t’emmènent loin, vers l’Orient, des pays imaginés ou chimériques. Les pétales s’envolent, s’échappent des arbres comme des rêves en fuite. Les fleurs forment des tapis roses ou blancs, les pétales s’accrochent à tes chaussures. Tu balances en latitude, des images mentales se forment, muettes. Où es-tu ? À Sedan sans doute, ou en Europe orientale, au Japon, à Sao Paulo… D’ailleurs tu écris tu, je n’est plus toi. Tu es en train de te perdre, tu deviens étranger à toi-même. Tu n’existes plus.
Tu erres dans les rues, tu observes la vie, la lumière, tu inscris la saison — l’acmé du printemps —, les coïncidences, les moments d’harmonie ou de désespoir. Tu croises le chemin d’inconnues et d’inconnus, des fragments d’histoires, mais tu ne cherches pas le contact, tu as perdu la voix. Des regards s’effleurent, s’interrogent puis glissent.
Sergio Larrain, un photographe chilien que tu aimes écrit : Peu à peu tu vas rencontrer des choses. Et des images vont te parvenir comme des apparitions. Prends-les. Tu as emporté ton appareil de photographie et tu tentes d’être réceptif à ces apparitions, d’enregistrer les images, pas beaucoup. Rien de prémédité, pas de projet conscient. Ukiyo-e, images du monde flottant dit-on des estampes japonaises de l’époque d’Edo, c’est peut-être ça que tu pratiques, ici, sans doute à Sedan où tu restes sept jours. Nous sommes vendredi, tu pars dimanche.
Philippe Herbet





