13e biennale de la photographie et de la ville à Sedan

Le résultat de ma résidence d’artiste à Sedan sera exposé sur les grilles du Jardin botanique de Sedan du 15 juin au 27 juillet 2025.

SANS DOUTE SEDAN

Tu marches au hasard, selon toute vraisemblance à Sedan, mais sans certitude, les lieux s’échappent ou se superposent, cela, tu l’avais déjà constaté lors de tes voyages. Les aubépines en fleurs, les magnifiques thyrses pyramidaux des marronniers, les délicats cyprès des marais, les ginkgos biloba de la Z.U.P. Le Lac, l’inclination de la lumière, les ciels voyageurs t’emmènent loin, vers l’Orient, des pays imaginés ou chimériques. Les pétales s’envolent, s’échappent des arbres comme des rêves en fuite. Les fleurs forment des tapis roses ou blancs, les pétales s’accrochent à tes chaussures. Tu balances en latitude, des images mentales se forment, muettes. Où es-tu ? À Sedan sans doute, ou en Europe orientale, au Japon, à Sao Paulo… D’ailleurs tu écris tu, je n’est plus toi. Tu es en train de te perdre, tu deviens étranger à toi-même. Tu n’existes plus.

Tu erres dans les rues, tu observes la vie, la lumière, tu inscris la saison — l’acmé du printemps —, les coïncidences, les moments d’harmonie ou de désespoir. Tu croises le chemin d’inconnues et d’inconnus, des fragments d’histoires, mais tu ne cherches pas le contact, tu as perdu la voix. Des regards s’effleurent, s’interrogent puis glissent.

Sergio Larrain, un photographe chilien que tu aimes écrit : Peu à peu tu vas rencontrer des choses. Et des images vont te parvenir comme des apparitions. Prends-les. Tu as emporté ton appareil de photographie et tu tentes d’être réceptif à ces apparitions, d’enregistrer les images, pas beaucoup. Rien de prémédité, pas de projet conscient. Ukiyo-e, images du monde flottant dit-on des estampes japonaises de l’époque d’Edo, c’est peut-être ça que tu pratiques, ici, sans doute à Sedan où tu restes sept jours. Nous sommes vendredi, tu pars dimanche.

Philippe Herbet

13e biennale de la photographie et de la ville

L’idée générale de cette biennale s’articule autour du constat que nos sociétés se replient de plus en plus sur elle-même, et que « l’habitabilité de la terre » pour citer Bruno Latour est mise en danger pour la première fois de notre histoire.

L’argument de Château / for intérieur est de mettre en perspective l’expression de la puissance et du pouvoir figuré par le château-fort, face aux relatives fragilités des états d’âmes du for intérieur (qui vient de latin forum, la place publique) de tout un chacun, invitant à la rencontre et à la notion de l’intime conviction.

Suite à la proposition de commissariat d’Urbi&Orbi (avec qui j’ai participé en tant que photographe il y a deux ans lors de la biennale précédente), l’opportunité s’est présentée ici de réunir un groupe de photographes issus de la grande Ardenne (grosso modo entre Liège et Charleville), principalement belge,dont l’unité réside plus dans un térritoire mental que je qualifierais de « contemplactif »  que dans une idée identitaire.

Ces photographes participent d’une même attention poétique au monde, en empathie avec l’air, l’eau, la forêt, le désert, la ville, les gens…,  sans toutefois nier sa rudesse et ses aspérités. Je propose ici une citation de Cioran qui résonne assez bien avec l’intention du projet.

“Une pensée fragmentaire reflète tous les aspects de votre expérience ; une pensée systématique n’en reflète qu’un seul aspect, l’aspect contrôlé, et par là même appauvri. 

En Nietzsche, en Dostoïevski, s’expriment tous les types d’humanités possibles, toutes les expériences. Dans le système, seul parle le contrôleur, le chef. Le système est toujours la voix du chef : c’est pour cela que tout système est totalitaire, alors que la pensée fragmentaire demeure libre. » Cioran, Entretiens avec Fernando Savater, collection Arcades – Gallimard

Les photographes:

Il est à souligner qu’entre la plus ancienne et la plus jeune des photographes, il y a près de cinquante ans d’écart. Presque tous sont bien connus et ont un parcours bien affirmé, d’autres moins.

Jean-Paul Brohez, Thomas Chable, Alexandre Christiaens, Olivier Cornil, Charline de Resve, Lara Gasparotto, Brigitte Grignet, Philippe Herbet, Alain Janssens, Céline Lecomte, Matthieu Litt, Daniel Michiels, Jean Louis Vanesch, Lucia Radochonska, Marc Wendelski.

Alain Janssens, Commissaire de l’exposition